18 août 2008
15 OUT
Par dessus la flèche de l'église liquide comme goutte d'eau, le sel des anges se déverse sur la petite place ou les siècles passent le relais aux autres siècles sous les regards dispersés des bandes de chats pouilleux.
Elle est quand même là ce matin. Pieds liés aux attentes invincibles, poings refermés sur les dernières images. Elle serre fort, elles ne doivent pas s'échapper elles non plus.
Oh! ce matin comme les autres depuis dix ans elle attendrait.
Il ne viendrait pas ce matin pour refaire ce qui la veille fut détruit dans le grand incendie de son ingouvernable emmanchure, celle qui se ferme avec les bordures un peu râpées autour du pardessus jaune citron en cote de mailles.
La vieille est déjà là.
Elle pense à autre chose. Elle soulève une pierre sur la devanture du vieux musée et elle ne se souvient plus de l'endroit, mais elle sait que c'est là, dans cette partie de la ville.
Peut-être en dessous du grand escalier.
Avec ses marches palmées et toutes ses intentions celui-ci en est un, et un drôle encore.
Pas un trépassé de l'au-delà non, un de ceux de l'aqueduc des ornements.
Plutôt bien fait et pas retors avec ça.
Il sait ce faire glisser sous les semelles usées de la vieille, elle et ses pieds tordus comme un monument que l'on arrose de nos considérations.
Et elle monte la vieille, elle se tait et elle monte en silence vers l'autre qui n'est pas venu ce matin.
Alors elle fourre son nez au fond de sa poche et respire un bon coup l'odeur de grillé de son vieux chandail aux éclipses rouillées.
Puisqu'il n'est pas venu, c'est elle qui ira.
Balder
12 août 2008
Zonsondergang in Rotterdam
La différence posée en haut de cette grue aurait suffit amplement à faire de mes ressorts des promontoires faciles pour imaginer une perspective rassurante. Mais toujours il faut se rapprocher, toujours il faut poursuivre le but.
Chercher à atteindre, sans attendre. Quoi?
Aucune importance, on le sait c'est là. C'est ici maintenant, découper dans les immeubles. Chantiers, tours, terrains effondrés, chapelles sous les vitres. Debout comme une fissure je l'attendais le paradoxe, il est toujours l'ami, il est la correspondance, ce soir les cieux se frisent sous les chandelles d'un temple de béton, et les immeubles nouveaux nés, comme des cierges allumés se posent en ex-voto sur les balbutiements d'un ancien horizon.
Ils en étaient les coloristes allumés à me repeindre le ciel du bout des flammes d'un enfer céleste vers lequel l'homme tend les bras pour y cueillir d'autres lumières.
Balder
05 juillet 2008
Chronique du samedi matin
Jour de marché
Rue qui s’exile sous les pas encombrés.
Inertie touristique.
Inerte et frénétique.
Coloration des stands, fleuris comme des
mensonges.
Courir, tenter de fuir. Peut-être vers la
rivière pour y voir les poissons dans les eaux avenantes, pour devenir pélobate
et regarder les trains qui voient passer les vaches.
Mais non j’insiste un peu sur la soufrière, en
me disant que plus tard ce sera là, le pire.
Sur les pavés. L’éruption, les sandales, les
poucettes Ferrari, la puanteur des parfums, les bras qui collent à ceux des
autres, les enfants qui conspuent les parents pour un jouet, une sucette, les
vieux qui lambinent dans leurs scaphandres comme des peulvens immobiles au
beau milieu de la rue et les égarés de la « saucisse de tradition »
bourrée de nitrite qui s’extasieront des heures durant devant les stands dit
« à l’ancienne ».
Mais il m’en faut du temps ce matin pour
atteindre la striction fatale, le point de non retour alors je m’éparpille.
J’ai la cataracte contractée dans le marché
aux puces de luxe.
Des dorures, du kitch, des séchoirs en
flanelle, des recueils de boniments, des éventails essoufflés, des tables
débarrassées des anciens ravaudages et au dessus du panier des bouteilles
transparentes qui ondulent du goulot.
Tiens ici c’est des gravures, des antiquités
rustres, le chandelier se fend la bougie face à ce réquisitoire déclamé par des vendeurs retors aux accents enflammés.
La poudre aux yeux, c’est prescrit comme une
méthadone, c’est sensation ! Invitation !
Viens chez mon fournisseur qu’il
te vende ce que tu ne veux pas !
Mais quand l’addiction est dans le blaze t’as beau jouer les rétifs, c’est trop
tard.
Ce n’est pas à toi qu’ils en veulent au fond.
C’est au fond de ton darfeuille, des fois
qu’ils auraient des affinités avec, c’est qu’ils ont faim les crocodiles.
Et voila le massacre. Les bouquins !
Mon caprice à moi !
C’est pas les meubles mon truc ni les manches
à balais, les outils ithyphalliques c’est pas mon rayon, je laisse ça aux
ménagères esseulées.
C’est dans la poussière entre les vieilles
pages que j’escampe la raison dans la rivière.
J’ai la truffe qui frémit dans les pages
anciennes et les voilà les facteurs de mes réminiscences solénoïdes.
Les scandaleux, les tragiques, les grecs en toges, les blasphématoires,
les pamphlétaires, les dissidents, les surréalistes, les mystiques, les poètes
de toutes les galaxies, les philosophes, les décadents, les romantiques
exaltés, les maudits des comptoirs, les souverains du voyage immobile, les
fécondateurs de l’infini par les voies de l’imaginaire.
J’en ai fabriquées des heures à éplucher leurs
mots jusqu'à la chair, dans des convergences rituelles vers l’absolue.
Et j’en retourne des cartons pour y trouver de
l’or en pages, des lingots de mots, des rivières de pensées qui m’éclateront à
la figure de suite, ou bien plus tard.
Mais c’est qu’il est cher le bonhomme !
Il me prend pour un cataplasme suisse, il me
transforme en anecdote avec ses tarifs prohibitifs.
J’en ai du foutre à lui revendre à
l’emplumé !... qu’il se taise un peu l’animal !...
que je m’enfourne
dans son gosier épris de truculences !
« T’aurais-je donc attendu
pour apprendre à lire ? »
Du gland !...
sinistre acrobate de l’inflation chronique !... garde les tes livres et
attends le prochain viol de pigeons pour les farcir de ton injuste soulte.
J’étale le phénomène
sur les stands réchauffés au dessus desquels je répands mon dégoût pour les
prix alarmistes de quelques individus et je finis tout de même, à l’ombre d’un
platane par trouver mon sésame, auréolé du symbole fastueux d’une illustre
collection.
Point d’abus ici mais
plus qu’un contrat de lecture, un contrat de lecteur à lecteur.
Quelques pièces en
échange et mon sourire retrouve sa place.
Je prends le temps de lever mon trophée en
repassant devant le moulin à paroles qui m’insulte du regard, mais je n’ai que
faire de cette incurie gélatiniforme et je poursuis mon chemin dans l’abondante
floraison de fruits et de chemises, d’olives et de miels.
Sur l’intersigne séculaire d’un stand de
fromage sec je vois danser les chèvres dans l’anti-chambre de mon palais et
rassasié d’anachronismes je quitte le marché vers une autre page à vivre.
Balder
