11 août 2008
Bout de ciel et bol de bambou

Il existe un endroit. Un endroit dans l'envers. Hors du temps près du vent, un nulle part et un partout à la fois. Un périmètre des possibles, une grotte en bois, une cabane faite de toutes les pierres du monde...
Un espace de l'intérieur à l'abri des bruits du monde.
Une fois que l'on à trouvé cet endroit, même s'il nous arrive de ne pas y revenir régulièrement. Il est toujours là, en présence, il à posé des moments, des images qui nous habitent autant que ce que nous l'avons habité nous. Il est cet espace secret que l'on garde comme un trésor. Mais pas un trésor de pierres précieuses, d'or ou je ne sais de quelles autres futilités matérielles. Non un trésor bercé par le silence des nuits majuscules, à peine troublé par le bruissement des pas du chat dans les courbures dorées des anciennes feuilles. Un silence qui ruisselle et se laisse accompagner harmonieusement par le chant de la petite cascade du bassin haricot ou les grenouilles rencontrent la nuit lorsqu'elle tombe sur ce jardin extraordinaire.
Cet endroit un jour est venu à ma rencontre, le magicien et la fée qui ont construit cet endroit ont ouvert une porte en moi que je ne connaissais pas encore. Peut-être était elle là avant, mais je ne voulais pas l'ouvrir, je ne voulais pas y croire. Parce que c'est plus facile de ne pas croire à ses imperfections, à ses possibles à soi, à ses blocages que nous inventons et auxquels nous nous attachons comme des bouées de secours juste pour nous mettre à l'abri de nous mêmes.
Aujourd'hui avec toutes mes imperfections, tout mes blocages dans la cabane des mondes multiples j'ai aperçu la possibilité de faire avec. De construire autre chose que des remparts contre le monde. Ce n'est pas acquis, cela ne découle pas de la simple évidence, c'est un autre jardin à construire. Là avec quelques bouts de roseaux pour les trames, quelques branches pour l'articulation et des galets pour consolider la sémantique d'une source intarissable d'où s'écoule les mots sans que rien ne puisse troubler leur débit.
Parfois cette source prend une couleur très vive, elle illumine la page, serpente tendrement entre les monticules fleuries sertis par les écorces bien à l'abri des mauvaises herbes. D'autres fois elle s'assombrit, elle creuse un peu dans les sillons mélancoliques se frayant coûte que coûte un passage entre les gouttes de nuages noir, gonflés d'un peu d'orgueil et de cynisme.
Mais ce n'est pas ce qui compte, ce qui compte c'est qu'elle coule et qu'elle engendre d'autres jardins, d'autres abris, qui eux aussi viendront fleurir le monde, avec toutes leurs richesses et toutes leurs imperfections.
Un peu de noir dans du blanc, un peu de blanc dans du noir.
Dans l'écrin du bol et du bambou le magicien et la fée m'aide encore aujourd'hui à accepter. C'est la un mot maître, ou un maître mot accepter de s'accepter soi même comme un autre.
Alors en langage magique je leur dis ce qu'ils savent déjà...
Balder
03 juillet 2008
flottage
Transversal, l'initié.
Toujours comme ce chien,
d'un ordre générique,
dépouille son blason.
Parce qu'ici se perd,
le pitre,
l'héraldiste,
dans ce tas de fougères,
la patrie des buissons
Il se trouve séparé de la composition, fragment détaché d'un ensemble plus grand.
Cette règle conventionnelle, éprise de clarté est trop étroite, trop restrictive.
Le sens de l'harmonie n'est plus qu'une composition sans cesse en mouvement, d'éléments dissociés les uns des autres.
Trace d'une plume esseulée à plusieurs endroits, au même moment.
C'est ici que s'invite l'irréversible obédience à la probabilité, alors il convient de nous envisager comme des possibilités plutôt que comme des êtres.
Poète phagocyte,
d'une réalité tangible gouvernée par une raison à la ramasse dans les contre sens d'un monde qui se prend au sérieux dans son champs d'illusions.
Balder
27 juin 2008
Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis?
Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis ?
LA CONSCIENCE
UN
TEMOIN FIABLE ?
D’aucuns rétorqueront alors que le
langage nous permet de faire comprendre aux autres ce que nous éprouvons. Mais
deux remarques doivent ici être faites. D’une part, pour me faire comprendre
par la parole, il faut que je veuille bien communiquer avec autrui. D’autre
part, il n’est pas certain que le langage, même lorsqu’il est utilisé par
l’homme le plus soucieux de se faire comprendre, puisse rompre la solitude de
chaque conscience. L’émotion est toujours nouvelle et le mot qui l’exprime est
toujours ancien. « Chacun écrit encore Bergson, à sa manière d’aimer et de
haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité toute entière.
L’une des caractéristiques essentielles
des sentiments que je vis consiste donc en ce que nul ne peut les éprouver à ma
place, et qu’étant leur seul sujet, je suis seul à pouvoir les connaître. On
peut donc considérer le sentiment moral, la conscience morale, comme une
parfaite illustration de cette exclusivité. Quel que soit le jugement que les
autres portent sur moi, je sais bien, au fond de moi, et je suis le seul à
pouvoir le savoir, si mon action a été bonne ou non. Kant a montré, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs,
que la moralité d’une action relève de la pureté de son intention, et non du
contenu ou du résultats empiriques de l’action, qui constituent seulement ce
que les autres peuvent savoir de celle-ci. Seule ma conscience peut donc être
ce juge infaillible du bien et du mal, ce guide assuré que Rousseau glorifie
dans L’Emile. Ici encore,
semble-t-il, nul n’est mieux placé que moi pour savoir qui je suis ou, plus
précisément, ce que je vaux : nul ne peut mieux que moi dire qu’elle est
la valeur de ce que j’ai fait, car nul autre que moi ne peut savoir ce que j’ai
vraiment voulu.
LA PSYCHOLOGIE
INTROSPECTIVE
On peut donc s’interroger légitimement
sur la valeur du témoignage que notre conscience porte sur nous-même. Outre la
partialité de ce témoignage, on peut remarquer, en effet, que l’introspection,
c'est-à-dire l’observation immédiate de l’esprit par lui-même, n’est pas la
voie royale qui permet d’accéder à une authentique connaissance de soi.
L’observation d’un phénomène exige toujours quelque distance entre le
spectateur et le spectacle contemplé et l’examen attentif de notre propre esprit
ne fait pas exception à cette règle : il ne devient pour nous objet
d’étude que dans la mesure ou nous pouvons l’extérioriser ou, comme l’indique
encore l’étymologie du mot « objet », le jeter devant nous. Or
l’introspection prétend comme son nom l’indique encore, faire l’économie d’une
telle extériorisation. Se trouvant dès lors sans objet, elle ne peut
qu’abandonner ses prétentions à l’objectivité.
« On ne peut pas partager son esprit, c'est-à-dire son cerveau, en deux
parties, dont l’une agit, tandis que l’autre les regarde faire, pour voir de
qu’elle manière il s’y prend » (Auguste Comte Lettre à Valat). Sans doute est-il possible d’observer les
phénomènes moraux comme les passions qui nous animent : les organes qui en
sont le siège sont distinct des organes destinés à l’observation. Ainsi puis-je
constater l’altération soudaine que provoque en mes poumons la surprise ou bien
la crispation que suscite en moi quelque désagrément. Ces observations ne
sauraient cependant avoir une réelle importance scientifique : tout état
de passion prononcé ne peut se concilier avec le calme requis par l’état
d’observation.
Quant à l’observation directe des phénomènes intellectuels, loin d’être plus sûre, elle est strictement impossible. Un scientifique qui cherche à s’observer en train de réfléchir doit nécessairement suspendre ses recherches et il ressemble alors à un cycliste qui, pour se regarder pédaler descend de sa bicyclette. « Il résulte de là que les prétendues observations faites sur l’esprit humain considéré en lui-même et a priori sont de pures illusions. Ce n’est point a priori dans sa nature, que l’on peut étudier l’esprit humain et prescrire des règles à ses opérations ; c’est uniquement a posteriori, c'est-à-dire d’après ses résultats ». Pour savoir qui l’on est, il faut donc observer ce que l’on a fait plutôt que de s’obstiner vainement à vouloir saisir notre pensée « en plein vol ». Mais il importe alors de reconnaître que relativement à nos actes, notre situation d’observateur ne jouit d’aucun avantage sur celle d’autrui.
On comprend alors qu’en dépit de notre adhésion spontanée à l’idée que nous sommes les mieux placés pour nous connaître et pour nous juger, nous ne soyons pas indifférent à ce que les autres pensent de nous. Nous reconnaissons implicitement que ce que nous sommes pour eux est une dimension aussi essentielle de nous-même que ce que nous sommes à leur propre yeux, pour nous-même : les pédiatres ne savent-ils pas depuis longtemps qu’un enfant qui n’a pas l’estime de ses parents a, plus que tout autre, du mal à éprouver quelque respect de soi ? Et combien d’exemples peut-on donner de personnes qui, à force de se croire haïes ou méprisées, deviennent effectivement haïssables ou méprisables ? Le regard que les autres jettent sur moi peut me transformer : il peut favoriser mon épanouissement ou me détruire, car le jugement explicite ou implicite qu’il véhicule agit sur moi en modifiant l’idée que je me fais de moi. Il faut dire avec Sartre dans L’Etre et le néant que sans le regard d’autrui, je ne saisirais pas toutes les structures de mon être. Pour le prouver, il suffit d’imaginer un voyeur épiant par le trou d’une serrure. Sa conscience est comme captive de l’objet qu’elle vise, fascinée par le spectacle qu’elle contemple. Tant qu’il est seul, le voyeur ne porte aucun jugement sur son comportement : son attention est entièrement accaparée par ce qu’il regarde. Mais qu’un autre homme le surprenne pendant qu’il épie et il se détourne soudain du spectacle qui un instant auparavant le fascinait pour juger sa propre attitude. « Autrui, écrit en ce sens Sartre, est le médiateur indispensable entre moi et moi-même » Autrement dit, autrui est l’être par qui chacun découvre son être.
Car l’objet apparu à autrui n’est pas une image vaine dans sa conscience. Si, par exemple, le voyeur éprouve de la honte, et non de la colère ou de l’agacement, c’est qu’il reconnaît qu’il est bien comme il est vu par les autres – et qu’une telle reconnaissance ne soit pas possible sans l’entremise d’autrui, aucune personne avisée ne saurait le contester.
Ces remarques ne sauraient pourtant entièrement convaincre. Le rapport à autrui n’apporte peur être pas toute l’objectivité souhaitée dans la connaissance de soi. D’une part, en effet, c’est toujours moi qui ai accès à la conscience d’autrui, et le jugement qu’il porte sur moi ne m’est connu que par l’intermédiaire de ma conscience. Je réinterprète donc son jugement : autrui ne peut me donner d’informations sur moi sans que celle-ci ne passent par ma conscience, qui y comprendra ce qu’elle voudra bien y comprendre. Si autrui détient la vérité sur moi, alors elle m’échappe nécessairement puisqu’il ne pourra jamais me la dire sans que je lui confère un sens nouveau. D’autre part, on ne voit pas pourquoi autrui jouirait par principe d’un point de vue sur moi moins subjectif que le mien. Il ne sait de moi que ce qu’il sait – et peut-être seulement ce qu’il désire que je sois pour lui. Pour quelle raison serait-il donc plus objectif que moi ?
Je ne dispose d’aucune situation d’observateur privilégié sur ma vie, mais le point de vue des autres n’est pas plus avantageux que le mien. Pour que nous accédions à une quelconque vérité sur nous-même, il faut que toutes ces perspectives soient comparées ou confrontées. Socrate et Platon l’ont compris à l’aube de l’histoire de la philosophie en refusant systématiquement de séparer recherche de la vérité et dialogue. Socrate, qui a fait de la formule « Connais-toi toi-même » sa devise, n’a jamais cessé de débattre avec ses concitoyens. Il savait quels efforts exige l’accès à la conscience de soi et se méfiait des illusions qui menacent la réflexion solitaire. Le véritable dialogue, en effet, exige que chacun fasse son deuil de son intérêt particulier et d’une certaine complaisance à l’égard de soi qui trouve dans la solitude un élément propice à son épanouissement.
CONCLUSION
