03 février 2009
Nager
Relire Les mots ce matin.
Le temps s'y prête, la fenêtre ne veut pas parler, il ne reste que la lampe.
Mais pourquoi Réda n'est pas là pour éclairer le terrain vague.
Qu'ai-je fais de ces ruines?
Il me faut les retrouver c'est une angoisse réelle la disparition d'un livre de Réda.
Je sais que je l'ai prêté mais à qui?
Quels sont les livres qui reviennent et ceux qui ne reviendront plus.
Le livre et sa vie sans nous, sans moi.
J'en ai laissé s'échapper de manière volontaire dans les gares, dans les trains, dans les stations services des autoroutes belges.
Juste déposé sur un rebord comme un colis qui se heurte à l'entrée de la poste du monde, un colis sans adresse, sauf la mienne sur un coin dans les pages intérieure, l'adresse du "bookcrosser" courriel du ciel.
Parfois des nouvelles arrivent paraît-il, je ne sais pas ou sont ces livres maintenant, j'espère qu'ils vivent dans d'autres mains.
Je ne sais pas chez vous si le soleil existe encore et puis quelle importance, je vais relire Récitatif puisque la journée doit quand même avoir lieu.
The figures move away
into the shadows of the staircase
and is no longer seen
She carries a lighted candle
She's not alone, and at such times,
she's not a child:
She's an old, old woman.
H.James
De retour, interlude anglophone dans le flou béant de ce début de matinée à concevoir dans l'inexistence. L'envie d'ouvrir un livre de linguistique aujourd'hui est inopérante dans mon umwelt. La configuration n'est pas la bonne, vous devriez passer en mode coexistence pour vous apercevoir que le dehors n'est aussi qu'une probalité, sous le déluge il montre enfin son visage dissocié de l'écorce.
Réda me hante, mais ou est il bon sang?
Je vais retourner sous les eaux pour creuser les bibliothèques possibles, j'ai du le prêter ici, il n'a pas pu quitter la ville sans me faire un signe.
Il est l'heure, je remplis les poches du sac de quelques livres. Les mots pour se lester un peu face aux embruns d'eau douce, balises sémantique pour ne pas se perdre dans les affres du limon.
Balder
22 novembre 2008
Ma librairie

Montpellier
Attendre un tramway, en profiter pour faire une sieste sur ce splendide canapé
Des canapés partout, j'en rêve, sur les trottoirs, dans les parkings, dans les jardins, sur les places et comme ici dans un abri bus.
Un monde plein de canapés confortables ou des masseuses viendraient nous pétrir les pieds lorsque nous attendrions le bus, ou le tram, ou rien du tout. Nous passerions notre temps à attendre, juste pour le plaisir d'attendre.
C'est samedi pourtant, il faudrait courir aujourd'hui avec tous, les magasins, les boutiques, je ne sais quoi encore.
Mais non pas le temps puisque je vous dis qu'il me faut attendre.
Ah oui c'est vrai d'abord un livre, la ruelle étroite, la porte à ressort comme un cahier à spirale et derrière protéger des grands yeux et des grandes bouches voraces des grands magasins, un libraire au fond de la cour.
-Que dis-je un libraire? Une mine, un filon littéraire qui ne craint pas les coups de grisou de l'économie mondialement mondialisante.
Seuls les initiés peuvent entrer, seuls les initiés peuvent le voir.
Lorsque l'on entre, il fait un peu sombre au début, la galerie semble s'enfoncer très loin sous la ville, des kilomètres de livres, de la poussière par couches bien épaisses, des montagnes de livres à escalader, partout des mots et l'odeur des siècles.
On ne sait pas s'il y à quelqu'un dans cet endroit, on ne le sait jamais.
Parfois le gardien est là, parfois c'est elle la Princesse centenaire qui me sermonne comme une mère et devant laquelle je balbutie mes bonjours, mes politesses. Quand je lui prends la main pour la baiser je me sais traverser par des siècles d'histoires, j'ai le vertige, elle est belle et ridée comme la peau d'un livre, mais pas de n'importe quel livre. Du plus beau livre du monde, celui qui n'existe pas.
Je m'avance un peu, je n'entends rien, je tousse un peu aussi au début il faut s'habituer à la poussière, ça pique un peu les yeux.
Il faut faire attention en marchant aussi, prendre garde de ne pas faire tomber les piles instables qui jonchent ce qui fut le sol il y bien longtemps.
Je marche encore je m'avance vers le grand escalier en colimaçon celui qui monte sur cinq étages au dessus et qui s'enfonce dans les entrailles littéraires de cet endroit, peut-être jusqu'en Chine qui sait.
Ici le secret c'est que l'on peut rester, le jour, la nuit, parfois même plusieurs jours ou plusieurs nuits, le temps n'a aucune importance et si l'on à pas d'argent pour acheter alors il nous reste toujours les yeux pour lire et pour les malheureux qui en ont perdu l'usage ils trouveront toujours quelqu'un pour leur faire la lecture.
Je choisis de ne pas emprunter l'escalier, je reste un peu en retrait et j'entends une sorte de grognement dans un recoin. Entre deux monticules de livres se tient le maître des lieux.
Il me murmure un bonjour entre ses dents d'abord sans lever la tête et part ensuite d'un immense éclat de rire lorsqu'il me reconnaît.
Il me rappelle ensuite que je suis rester un mois chez lui la dernière fois et ça l'amuse beaucoup. Il me dit que j'ai oublié en partant de prendre la vieille gibecière en cuir usé, celle qu'avait fabriqué pépé, qui lui aussi venait ici avec ses parents.
Nous discutons du dehors, des temps qui s'écroulent, de la fin du capitalisme, des non-droits de l'homme toujours aussi scrupuleusement respectés, des fleurs carnivores et de cuisine aphrodisiaque. A ce sujet je lui montre un livre de recettes d' Isabel Allende que je viens d'acheter, discrètement il me le subtilise et le met en dessous de la pile juste devant lui sur la table. J'aime plus que tout la coquinerie chez les personnes sans âge et je m'amuse beaucoup de leurs facéties d'éternels enfants.
Je lui répond que je ne sais pas quel bon vent m'amène aujourd'hui, ni ce dont j'ai besoin comme livre, mais qu'il fallait que je vienne tout simplement pour être là.
Il doit continuer ses corrections de grammaire grecque, il m'apprend que la Princesse est partie au sous sol depuis plusieurs jours mais qu'elle ne devrait pas tarder à revenir d'ici la fin de la semaine en principe, puis il replonge dans ses notes avant relever la tête un dernier coup pour me dire comme à chaque visite que j'étais chez lui, chez moi.
Enfoncé dans le canapé c'est la cloche du tramway qui me fît lever la tête de ma feuille et les fesses du canapé, je n'avais maintenant qu'une seule envie celle de les rejoindre dans la librairie secrète au fond du passage, derrière la porte avec un ressort comme un cahier à spirale.
Balder
