Le salon de Balder

L'écriture comme un chemin pour s'éloigner des évidences. Un peu de littérature, un peu de philosophie et beaucoup de mots, les miens et les mots de ceux que j'aime. A partager sans modération.

21 avril 2009

Rivage flou

Inversion d'une ogive sur définition malvenue,
La poutre pourrie sur l'automne,
la statue penche vers son salut.
Au dessus du rivage palpite un étranger,
cœur gluant d'un ressac,
goémons en apnée,
ce soir l'œil s'agite,
ce soir le regard récupère l'image entrouverte dans l'espace du rêve
focalisation flexible d'une dispersion possible.
Plan fixe sur trois bouts de pierre sortis d'un abime inventé par la mer.
Décor. Lave, écume, oubli. Vieilles algues, corps nus stupéfiés.
Homme qui avance vers l'œil qui tourne.
Il reste des corps encore entrouverts et immobiles.
Plage jonchée de membres figés dans la luxure.
C'est le vent qui le lave, il s'assied retourne une pierre.
Puis il se lève. Il est Debout.
Dans sa main, il tient. Un nom.
Un nom écrit, marqué et lu sur la pierre.
Debout encore il croit qu'il peut courir sans se débattre, sans s'avaler.
Il ne court pas, il est calme maintenant parce qu'il à peur. La peur l'apaise
Qu'il est loin le socle blanc des fumées de la ville ou seul les bruits le font dormir. Une horloge énorme posée sur un rocher.
Mais l'heure devient passage, transfigure son rêve dans l'entonnoir des autres collines.
Plus loin un bateau passe pour combler le vide de l'océan. C'est la mer et ça sent.
L'image doit sentir la mer jusqu'a l'écoeurement, jusqu'a la nausée, l'asphixie.
Retour sur ses pas, désossé en chair de lune. Il doit souffler un espace minuscule entre les colonnes de lave croulantes de nostoc.
Chant des baleines qui sent le rouge des visages humains. Il attrape au sol un vers qu'il tourne comme un sabre vers le soleil des anciens temples. Il sait qu'il faut se débattre ici.
Il danse pour rien sur la musique de la mer. Puis il se laisse tomber la face vers le ciel. Rien ne bouge, sauf la mer.
Ici répit infime. Un instant vide ou rien n'est acquis. Puis il disparait.
C'est son ombre que l'on voit maintenant sur l'image.
Partie gyroscopique d'un territoire exilé qui lutte et se déplie contre des épouvantails ecclésiastiques agitant leurs membranes belliqueuses tels des sombres ducs d'Albe sur les lupanars écumants d'infini.
Vertige dans l'oeil qui voit mais qui résiste, tremblements perceptibles de l'image.
Possession par l'instant de l'ombre en opprobre. On ne voit plus que l'ombre qui glisse entre les écueils de la foudre. Ombre qui danse, ombre qui tourne, ombre qui vacille, ombre à l'épaule d'une vision suspendue tirée d'une énigme réconciliée.
Il revient vidé de son ombre.
Il regarde la plage.
Elle est ivre de massacre toujours bancale, il dit le mot, "bleu", puis il ne dit plus rien.
Les falaises creusées dans le dos du volcan pleurent des signaux de fumées contrariantes que le ciel gobe dans le mouchoir de son ennui.
L'oeil est allumé. L'objectif creuse un tunnel pour s'en sortir.
C'est vers la droite que la terre maintenant cherche  à se définir.
Lui. Il se prolonge vers le ciel, se rectifie, mais il est abusé par des diplopies.
Debout à nouveau.
La caméra est au sol du monde posée par épuisement dans le sable des dimensions, elle regarde d'en bas et décline l'aspect éphémère de la verticalité qui disparait très vite dans le ciel.
Des embruns glacés s'échouent sur l'objectif, une main passe dessus, quelques doigts les enlèvent,
ça laissent des traces, ça fait des salissures les doigts, c'est les vitres pleines de buée des dessins de l'enfance fait avec les doigts de l'enfant.
On peut encore voir à travers mais c'est un nuage de boue maintenant, il faudra noyer l'objectif avec le regard pour laver l'image qu'on aura à dire de l'homme qui avance dans cette crique des terres brulées.
Balder

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22 mars 2009

Une heure,

Le matin est aussi l'invité du lieu. Le matin, le lieu, le vent.
Le lieu la place ou des voitures s'enfuient avec des gens qui font de signes dedans. Des gens que l'on ne voit pas , ou que l'on ne veut pas voir. Des gens sans yeux dans des carrosseries qui roulent vers leurs nécessites.   
L'heure est au café, les autres se rendent au tabac.
Le tabac c'est nécessaire, c'est de la liberté qui s'achète encore paraît-il.
Ce n'est pas l'heure, l'avance est prise sur l'émotion, l'attente se fait sentir dans les bruits du vent.
Ici Le soleil est froid quand il s'habille de vent.
C'est des minutes à ne rien faire, à se confondre dans le vent pour ne pas être vu. L'émotion à déjà entamé l'heure alors pourquoi se faire découper par le bruit des autres.
L'heure est la seule que l'on veut, la seule que l'on tient à vivre, les autres n'ont plus de goût parce que celle-ci à le goût de l'inconnue à la bouche.
L'inconnu n'est pas une vérité, on ne convoque pas l'inconnu, on le convoite parce qu'on le connait un peu en vérité, il n'est pas que de l'inconnu, il garde le goût de la volonté.
La volonté qu'une émotion gouverne, pas celle de la raison qui est froide comme le vent.
En un déclic l'inconnu devient une voix, dix numéros alignés sur un papier qui palpite et l'inconnue est attendue, souhaitée en vérité, voulue.
Être lucide n'enlève pas le vent.
Pas de commande à passer, pas de désirs, pas de souhaits. Plus tard ce sera un café, ce sera un thé, ce sera des bribes de mots à faire briller entre les yeux.
Plus tard c'est maintenant le café est à un carrefour, il symbolise, il réoriente.
L'inconnue apparaît et déjà elle ne l'est plus, il était dit qu'elle viendrait pour rencontrer le vent, il l'attendait. Mais le vent n'attend pas que des yeux, il porte des messages, transportent des atomes qui remodèlent le visage inconnu, dans ses cheveux déjà brillent des particules des bouts de vent qu'une main soulève et délie dans le temps.

Balder

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03 février 2009

Nager

Relire Les mots ce matin.
Le temps s'y prête, la fenêtre ne veut pas parler, il ne reste que la lampe.
Mais pourquoi Réda n'est pas là pour éclairer le terrain vague.
Qu'ai-je fais de ces ruines?
Il me faut les retrouver c'est une angoisse réelle la disparition d'un livre de Réda.
Je sais que je l'ai prêté mais à qui?
Quels sont les livres qui reviennent et ceux qui ne reviendront plus.
Le livre et sa vie sans nous, sans moi.
J'en ai laissé s'échapper de manière volontaire dans les gares, dans les trains, dans les stations services des autoroutes belges.
Juste déposé sur un rebord comme un colis qui se heurte à l'entrée de la poste du monde, un colis sans adresse, sauf la mienne sur un coin dans les pages intérieure, l'adresse du "bookcrosser" courriel du ciel.
Parfois des nouvelles arrivent paraît-il, je ne sais pas ou sont ces livres maintenant, j'espère qu'ils vivent dans d'autres mains.
Je ne sais pas chez vous si le soleil existe encore et puis quelle importance, je vais relire Récitatif puisque la journée doit quand même avoir lieu.

The figures move away
into the shadows of the staircase
and is no longer seen
She carries a lighted candle
She's not alone, and at such times,
she's not a child:
She's an old, old woman.

H.James

De retour, interlude anglophone dans le flou béant de ce début de matinée à concevoir dans l'inexistence. L'envie d'ouvrir un livre de linguistique aujourd'hui est inopérante dans mon umwelt. La configuration n'est pas la bonne, vous devriez passer en mode coexistence pour vous apercevoir que le dehors n'est aussi qu'une probalité, sous le déluge il montre enfin son visage dissocié de l'écorce.
Réda me hante, mais ou est il bon sang?
Je vais retourner sous les eaux pour creuser les bibliothèques possibles, j'ai du le prêter ici, il n'a pas pu quitter la ville sans me faire un signe.
Il est l'heure, je remplis les poches du sac de quelques livres. Les mots pour se lester un peu face aux embruns d'eau douce, balises sémantique pour ne pas se perdre dans les affres du limon.

Balder

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22 janvier 2009

Cinquante cinq secondes

Les arbres fuyaient par centaines.
Certains filant vers les lanternes de la ville, d'autres endimanchés de plumes boréales couraient entre les toiles grise des carrefours.
C'était l'embouteillage génial du vide.
Depuis le bout de la mégalopole vers l'embouchure étroite d'un hospice conditionnant les papillons dans de très belles éprouvettes.
Cylindre, chiromancie, feu arrière clignotant de la nuit qui marche, que l'on ne retient que par désarroi ou cupidité et parfois par amour.
Antre mobile illuminée d'un verre de flammes oblongues et dansantes sur les cuisses épurées d'une lointaine amazone.
Défaire l'autre dans son nid.
Marche régulière entre les voies. Vers les carrefours, les autres chemins.
Courir constant vers la sépulture, grise, bleue et confondue de chiens et de loups, tanière provisoire sise sur un rond point stellaire autour d'un éternel nombril.
Il n'est plus l'heure d'être ici sous la tutelle aliénante d'un miroir déformant.
Puisque on se lasse de son ombre quand le soleil brille trop fort, autant briller à petit feu.

Balder

Photo: Pont à Barcelone
2008_0102noelbarcelone0193

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09 janvier 2009

Rencontre avec le noir

Comprendre la peinture lorsque celle-ci n'existe pas.
Commenter la peinture comme si elle n'avait jamais existé, même si elle fut mille fois écrite et décryptée.
A Montpellier déjà il avait fait noir cet après midi la. Il avait fait très noir d'un coup.
Un écran en forme de manège, tourbillon projeté en stries horizontales et choc visuel, incidences picturales et paradoxales de la lumière du noir.

Sur la banquette en soufflets l'homme est un feu éteint qui se consume dans la grande salle. Le vertige est tendu en travers de sa route comme un parchemin à découvrir, un palimpseste corporel opaque à dépouiller de sa propre hydropisie.
L'homme est chapeau circonflexe. Suspect idéal sous les yeux remuant du veilleur des toiles.
L'homme à disparu au fin fond rugissant de charbon de ce polyptyque, lancé comme une carpe à la poursuite d'un improbable sémaphore. Il ne tient maintenant au rebord de la salle que par sa mâchoire prise dans le hale-croc d'une peinture sans nom.
Qu'en est-il des usages?
De la station debout?
S'envisager... se relever de la substance, de l'emprise indiscutable de ce noir, sur et sous les yeux.
Foutaise induplicative d'une injonction jadis humaine qui perd ici son sens dans le glacis des sanglots intérieur.
L'homme suffoque, s'asphyxie un peu, il indique la peur, il indique la fusion, l'attrait sismique et tremblotant de la main qui se glisse sous la cuisse pour ne plus chercher ce qui ne viendra pas.
La matière l'invite, la matière arrive à le séduire peu à peu.
Reste encore l'homme! Reste un peu délavé, à tenter de résoudre le choc insaisissable qui vient de t'allonger. 
KO debout sous la brosse d'un peintre jusque là inconnu à tes yeux, tu sais qu'il te faudra assimiler la sentence de la toile, celle qui t'absorbe.
Mais n'oublie pas que c'est toi le récepteur, c'est toi qui lui ouvre les vannes de la béatitude.
Si tu le voulais elle ne serait qu'un mur, un simple et triste mur. Alors pourquoi l'homme, pourquoi?
S'affubler ici d'un fardeau sensoriel n'est pas un cinéma sans conséquences.
Il faut reluquer puisque ça brille en l'intérieur, quitter son costume de Niobé en disgrâce et rejoindre un peu le temple des créateurs. Il faut en décrire la géographie, en apparence uniforme.
La contrefaçon n'engendre pas la métaphysique, si la question se fait c'est qu'elle est sortie de l'authentique, c'est qu'elle vient du message, et le message n'est pas une réponse en soit mais la source d'un questionnement, authentique lui aussi et donc essentiel.
Ici peut être s'associent toutes les peintures, ici peut-être s'inventent toutes les couleurs.
L'homme se laisse décrocher de son hilum et voit là la magie blanche du noir, comme la source de toutes lumières. Lentement il se lève, s'approche du tableau, quelque chose se tait, autre chose se fait, une ombre glisse entre lui et la toile et le prend dans ses bras, la rencontre s'est fait, la rencontre à eu lieu, mais l'endroit reste à définir. Soulages est la rencontre, noir est l'endroit et l'homme court vers une lune sans principes, diadème permanent qui ne vaudrait plus rien si la nuit n'était pas son  écrin.

  Soulages_devant_le_polyptique
  Le maître devant le polyptique

  Celui-ci, ce bout de texte est fait des notes et des fragments qui sont nés d'une rencontre en juin 2006 avec un grand polyptique de Pierre Soulages. Je ne peux laissé ici l'intégralité de ces fragments qui sont en train de devenir...de devenir.
Bref il en existe maintenant trop et tous sont en chantier, et vous tous qui passez par là vous savez bien ce que c'est "les chantiers de l'écriture".

Balder

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07 janvier 2009

Conversation avec Joey

Traverser le grand salon, traverser le hall et laisser les ustensiles dans la pièce bleu.
Là se tient la femme au piano, elle regarde le clavier et semble attendre qu'il se mette à jouer seul, une sonate. Passer discrètement pour ne pas la réveiller, elle est une amie aussi mais elle ne parle pas souvent. Se glisser en silence pour ne pas réveiller l'hôtel, ce soir encore l'hôtel est endormi. La sonate est attendue par elle depuis des années, elle la femme en robe noire avec son rouge sang aux lèvres, mais la sonate ne viendra pas ce soir non plus.
Prendre la clef dans le tiroir de la desserte près du bar, ouvrir le frigo des limonades. Une ou deux bouteilles suffiront.
Reposer la clef. Être à l'affût du bruit de ceux qui peuvent se lever.
Mais personne n'entend? tous dorment déjà, c'est l'hiver.
Il fait dormir tôt l'hiver.
Ramper dans le couloir sous les caméras de surveillance pour ne pas se faire enregistrer.
Rejoindre l'élévateur, le vieux, celui qui grince, qui fiche la trouille pendant l'ascension vers l'étage désaffecté.
Se glisser dans la boite comme un cageot de salades en prenant soin de ne pas laisser dépasser ses feuilles pour ne pas coincer la machinerie.
Appuyer sur le bouton sans numéro et attendre que le noir se fasse.
36 secondes plus tard et un petit blocage, rituel palpitant entre le deuxième et le troisième étage.
Les portes faut les forcer en haut pour qu'elles s'ouvrent.
Il est déjà là. Il est toujours là à attendre dans le grand fauteuil, il attend toujours sa limonade dans le grand fauteuil.
Pendant des années personne ne lui avait plus rien apporté, il était couvert de toiles d'araignées, de couches de poussières, de crottes de souris.
Mais depuis un an il n'était plus seul à survivre dans les fissures de l'hôtel pendant l'hiver.
Il pouvait enfin boire sa limonade avec le jeune apprenti.
Celui-ci l'avait découvert et il pouvait passer des heures la nuit à discuter avec lui.
Celui-ci n'était pas fait du même bois que les autres, celui-ci n'était pas complètement enfermé dans un seul monde, c'est pour ça qu'il l'avait repéré, qu'il était venu un soir dans cet étage se cacher pour oublier les brûlures, les coups et les brimades.
Et lorsque depuis son éternité il avait tendu la main pour se défaire de ses toiles d'araignées, de ses années de transparences, il n'avait pas fait peur au gamin.
Le gamin lui avait juste dit, "bonjour, vous devez avoir soif".

Balder

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04 janvier 2009

C'est toujours plus clair le dimanche

130006_paris_l_aquarium_et_le_chien_rue_pirandello
Rue Pirandello, tout va bien.
Est-ce là les personnages toujours en quête de cet auteur? Je ne sais pas.
Je ne vois que la dame et les poissons qui veillent par leur invraisemblance à mélanger le décor.
Le chien lui il les cherche, les poissons.
Il se demande par ou arrive l'eau et la dame hésite encore à franchir la ligne bleue, ce qui est compréhensible à son âge.
Non je fais fausse route, je crois que c'est son aquarium qui est rangé dans cette rue, le chien n'est qu'une peluche qui cherche des truffes urbanisées dans cette salade. Il va lever la tête et dire qu'il n'y a rien ici, la dame prendra l'aquarium pour s'en faire un chapeau. Elle deviendra la dame au petit chien d'un Tchekhov décalé sur ce trottoir de la rue Pirandello et ils s'en iront vers le métro Campo-Formio pour y quérir de l'eau avant de revenir jusqu'à la rue Pirandello.
C'est beaucoup de O qui flottent dans les mots et de mots qui flottent sur les eaux
Dans cette rue le O c'est l'Oxygène, celui de l'école nationale de chimie et de physique je crois, puisque les deux font la paire depuis le collège je ne vois pas pourquoi la nation s'en priverait.
Voila ma réponse est ici. C'est une expérience en cours, la dame et le chien sont en fait des poissons qui attendent de redevenir poissons, pour cela il ne faut surtout pas dépasser la ligne bleue, sinon impossible de rejoindre l'aquarium.
Leur vie deviendrait alors une errance infinie entre la place d'Italie et l'école de chimie. Et dans le quartier c'est pas vraiment la fête, pour une dame et un petit chien.
Le chien cherche l'interrupteur pour appeler l'ascenseur liquide et le photographe à appuyé sur le déclencheur au bon moment. Cinq secondes plus tard et c'était cinq poissons dans le bocal.

Ubu s'est endormi sur les bords de la Seine, des silures fluorescents ont parcourus ses rêves de dégazages incandescents au large d'Ivry, les quais de son sommeil se sont couverts de mousse carnivore qui à lentement dévorée les trottoirs et les restes des passants.
Nous, assis dans la bouche de cet égout nucléaire, attendions que le rêve s'achève. En soufflant des flammes sur nos anciennes maisons nous regardions fleurir les aquariums sur nos têtes et il pleuvait ce jour là, ah! ah!

La photo est de Gérard Laurent je m'excuse déjà auprès de lui d'écrire sans filet autour de ses images, mais c'est parce que j'aime bien ses images.

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03 janvier 2009

absurdus jacta est

Des plumes et du goudrons sur les autres terrasses. Chacun est là ce soir assis à la table de l'autre vie; Pleurs cris, rythmes encrassés de poumons, de vertèbres déplacés, de dentiers ornementaux ruisselant de nicotine alors les suburbains répondent aux surhumains dans un désordre blasphématoire.
Regardez les œillets qui brûlent dans la cheminée, d'ici on les voient bien qui se dérobent, ils sont ternis maintenant, ils font les ombres. Une décadence nouvelle est enregistrée dans le grand programmateur. Tant pis pour les réticents, les tendus de l'apocalypse, les farfadets sont à l'abri, les réserves sont pleines de mandragores et tous se jettent dans le nouveau regard de la nouvelle année. Il était resté en dehors de ça depuis les dernières avalanches, il était presque debout, remis à niveau et tout à coup la manivelle, soudain le ressort qui se dit prêt à mordre.
A mordre une bougie, à exhiber chacun sa route, son pavillon de complaisance.
Pan! pan! et plouf dans l'Eure monte dans le train trois contrôleurs que l'on dit muette les mènent ailleurs sans queue ni tête balle en plein cœur.
(Non mais voila trois semaines de méthode et après c'est le bordel total on dirait la démocratie à la française, bon  pas grave c'est fait pour ça ici alors je poursuis la chanson de l'automate névropathe.)
Mais quoi la chanson?
Le bonsaï oui! Il est velu le principe avec ses élucubrations mais qui à pris le gouvernail à la dernière lune?
Nous l'avions pourtant bien rangé entre les hospices de la crucifixion et l'esplanade des trépanés. Donc il doit en rester des traces, des odeurs.
Ah le voici! Ouh!!! Mais je vois venir vous avec vos signifiants, vos signifiés, vos analogismes grammaticaux et vos syntaxes exigeantes...ce n'est plus l'heure de se répandre mais plutôt l'heure de se détendre, de lâcher un peu la plume pour ne pas finir en goudron.

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22 novembre 2008

Ma librairie

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Montpellier
Attendre un tramway, en profiter pour faire une sieste sur ce splendide canapé
Des canapés partout, j'en rêve, sur les trottoirs, dans les parkings, dans les jardins, sur les places et comme ici dans un abri bus.
Un monde plein de canapés confortables ou des masseuses viendraient nous pétrir les pieds lorsque nous attendrions le bus, ou le tram, ou rien du tout. Nous passerions notre temps à attendre, juste pour le plaisir d'attendre.
C'est samedi pourtant, il faudrait courir aujourd'hui avec tous, les magasins, les boutiques, je ne sais quoi encore.
Mais non pas le temps puisque je vous dis qu'il me faut attendre.
Ah oui c'est vrai d'abord un livre, la ruelle étroite, la porte à ressort comme un cahier à spirale et derrière protéger des grands yeux et des grandes bouches voraces des grands magasins, un libraire au fond de la cour.
  -Que dis-je un libraire? Une mine, un filon littéraire qui ne craint pas les coups de grisou de l'économie mondialement mondialisante.
  Seuls les initiés peuvent entrer, seuls les initiés peuvent le voir.
  Lorsque l'on entre, il fait un peu sombre au début, la galerie semble s'enfoncer très loin sous la ville, des kilomètres de livres, de la poussière par couches bien épaisses, des montagnes de livres à escalader, partout des mots et l'odeur des siècles.
On ne sait pas s'il y à quelqu'un dans cet endroit, on ne le sait jamais.
Parfois le gardien est là, parfois c'est elle la Princesse centenaire qui me sermonne comme une mère et devant laquelle je balbutie mes bonjours, mes politesses. Quand je lui prends la main pour la baiser je me sais traverser par des siècles d'histoires, j'ai le vertige, elle est belle et ridée comme la peau d'un livre, mais pas de n'importe quel livre. Du plus beau livre du monde, celui qui n'existe pas.
Je m'avance un peu, je n'entends rien, je tousse un peu aussi au début il faut s'habituer à la poussière, ça pique un peu les yeux.
Il faut faire attention en marchant aussi, prendre garde de ne pas faire tomber les piles instables qui jonchent ce qui fut le sol il y bien longtemps.
Je marche encore je m'avance vers le grand escalier en colimaçon celui qui monte sur cinq étages au dessus et qui s'enfonce dans les entrailles littéraires de cet endroit, peut-être jusqu'en Chine qui sait.
Ici le secret c'est que l'on peut rester, le jour, la nuit, parfois même plusieurs jours ou plusieurs nuits, le temps n'a aucune importance et si l'on à pas d'argent pour acheter alors il nous reste toujours les yeux pour lire et pour les malheureux qui en ont perdu l'usage ils trouveront toujours quelqu'un pour leur faire la lecture.
Je choisis de ne pas emprunter l'escalier, je reste un peu en retrait et j'entends une sorte de grognement dans un recoin. Entre deux monticules de livres se tient le maître des lieux.
Il me murmure un bonjour entre ses dents d'abord sans lever la tête et part ensuite d'un immense éclat de rire lorsqu'il me reconnaît.
Il me rappelle ensuite que je suis rester un mois chez lui la dernière fois et ça l'amuse beaucoup. Il me dit que j'ai oublié en partant de prendre la vieille gibecière en cuir usé, celle qu'avait fabriqué pépé, qui lui aussi venait ici avec ses parents.
Nous discutons du dehors, des temps qui s'écroulent, de la fin du capitalisme, des non-droits de l'homme toujours aussi scrupuleusement respectés, des fleurs carnivores et de cuisine aphrodisiaque. A ce sujet je lui montre un livre de recettes d' Isabel Allende que je viens d'acheter, discrètement il me le subtilise et le met en dessous de la pile juste devant lui sur la table. J'aime plus que tout la coquinerie chez les personnes sans âge et je m'amuse beaucoup de leurs facéties d'éternels enfants.
Je lui répond que je ne sais pas quel bon vent m'amène aujourd'hui, ni ce dont j'ai besoin comme livre, mais qu'il fallait que je vienne tout simplement pour être là.
Il doit continuer ses corrections de grammaire grecque, il m'apprend que la Princesse est partie au sous sol depuis plusieurs jours mais qu'elle ne devrait pas tarder à revenir d'ici la fin de la semaine en principe, puis il replonge dans ses notes avant relever la tête un dernier coup pour me dire comme à chaque visite que j'étais chez lui, chez moi.
Enfoncé dans le canapé c'est la cloche du tramway qui me fît lever la tête de ma feuille et les fesses du canapé, je n'avais maintenant qu'une seule envie celle de les rejoindre dans la librairie secrète au fond du passage, derrière la porte avec un ressort comme un cahier à spirale.

Balder

 

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20 octobre 2008

ORAGE

  Des gouttelettes hystériques dévalant la rue et sous le toit - pour ne plus les voir - un pigeon nomade à refermer sur lui ses ailes et leurs ombres.
  L'éclair est silencieux et puis il n'est plus rien de visible, un déclic, un murmure qui s'amorce comme un malentendu quand viennent battre à nos tempes les prémices de l'orage.
  La rue se perd dans son ruisseau.
  De ras de marée en avalanche de tuiles, la dispersion est unanime chez les rares humains à flotter encore dans le décor. L'heure n'est plus propice à l'errance tempérée lorsque tombe des cordes et qu'il est préférable de rester chez soi à écouter les violons.
  Mais déjà les rumeurs tiennent à l'œil le fleuve à la crue naissante.
  Les "gardiens" du pont romain sont aux aguets.
  Figé dans ses siècles, l'imprenable rempart tient bon sous la ruée.
  Le liquide est épais, tenace, il investit, il impose sa patte.
  Son style est régulier, la semence est fertile et injecte au paysage de nouveaux attributs.
  Arbres entiers, carcasses de voitures, machines à laver, fauteuils, télévisions, une décharge flottante qui file vers la mer déposer son trop plein de civilisation. La nature fait son ménage elle même, une carcasse de voiture défigurera moins longtemps le paysage à la mer. Le sel est son complice.
  Sur le pont les paris sont lancés.
  Crue, pas crue.
  Catastrophe, alerte rouge, force bleu en zone orange.
  C'est technique les commentaires cette année.
  Sensation de feuilleton d'avant, ou des héros asiatiques bardés d'affreuses combinaisons passaient leurs temps à combattre des monstres de carton pâte dans d'improbable galaxie.
  Je reste à l'écart de toutes spéculations, préférant accueillir encore de la matière dans ma besace de colporteur de bouts d'humanité.
  Des images.
  Les estimations, les étalonnages empiriques, les anciennetés que l'ont réchauffent le moment venu et qui éclairent les échanges d'une acuité historique à l'authenticité indiscutable puisque...
" Pardi!! si je te le dis, c'est que c'est vrai".
  Chaque bruit compte, détail du moment. Intensité de la joute.
  Regard rieur de l'ancien dont les colères de l'eau troublent à peine l'anis. Sapé comme un dimanche, bottines cirés, gilet de gardian noir et pantalon blanc.
  Un jeune homme bientôt centenaire qui malgré la pluie réussira à rallumer son mégot.
  S'extirper de la masse avant la nuit.
  Se faufiler dans le labyrinthe détrempé des ruelles. Chaussée glissante pour les  voyageurs délestés et hagards qui croisent mon pavé.       
  Nous ressemblons à des fantômes caoutchoutés suspendus et brillants. Mobiles sans visages accrochés à des fils en gouttes de pluie.
  De ses tambours de guerre qui assomment le présent le tonnerre ce vieux fou délivre son message à de vieilles barriques ondulantes et rieuses, qui proposent à la pluie les effluves chantantes des anciennes cuvées.Est ce l'heure venue de mettre un peu d'eau dans le vin?
Balder

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