Le salon de Balder

L'écriture comme un chemin pour s'éloigner des évidences. Un peu de littérature, un peu de philosophie et beaucoup de mots, les miens et les mots de ceux que j'aime. A partager sans modération.

24 février 2009

Quel Orsay?

elsa_camille_mus_e_d_orsay

Dans cet espace redessiné par l'apparition de deux nymphes immobiles, le temps s'est arrêté au dessus de la ville et l'homme dans son atelier à penser ferme les yeux sur la transparence des choses.
Métrique dressée par la métaphore à refaire le paysage, matricule à affranchir.
Un point se tient sur le pourtour.
Angle droit, angle froid d'une syllabe de fer brisée par des éclats de souffre.
Ici, la virgule s'épèle en silence dans les plis de la phrase cachée et de l'heure muette.
En voir  d'autres s'oublier, en voir d'autres se tenir à la roue du temps, prendre en substance leur profit d'illusions et n'en retenir que le regard  porté depuis les toits de la ville sur les arbres passifs et les ruisseaux de voitures.
Chacun les cimes de son brouillard à éventrer pour y voir clair.
Près d'un tableau décomposé en trois mouvements.
Trois unités traversés par les séances des siècles que l'on à dit beau, puis que l'on à vu mourir sans plus se demander qui de l'heure ou de l'homme finirait par l'emporter.
Avoir encore à l'œil ces pastels de Degas dont elle parlait en attendant le train sous les étranges pluies qui dispersaient son visage sur les quais de cette gare ou certains n'attendent plus aujourd'hui que les nymphes immobiles qui sortent des tableaux.

BD

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14 février 2009

LA MORT DE COSTESOULANE


      Amis français ne vous effrayez pas la traduction est en dessous

... Quand durbiguèt los uòlhs, i avià benlèu cent ans qu'èra aqui, benlèu una minuta, un èr fresquet i baisava la gauta e lo frònt. La nuòch davalava doçament. Ara i avià pas pus de tèrra. La tèrra èra dins son esquina, se pensèt que coma un gigant, amb sas espatlas ont la sentissià, la portava sol. Era detràs. Còstasolana èra sol a la cara dau cèu. Veguèt de fuòcs s'alucar dins lo grand gorg de l'èr, o tremolar coma de ciris de penitents o de romieu caminant dins l'escur cap a quauque nadal celestial. Era aqui sol davant la nuòch corna Dieu quand l’aguet facha. Sol e sens mans pèr lo distraire de son eternitat.
Ara s'èra calada la campana. Montava de ras de la tèrra un tèunhe bronzinament, montava coma un fum amb de rebats de lutz, montava fins qu'a romplir la nuòch. Era coma l'alen seren dau mond. Era lo sieu alen, l'alen de sa vida solitària dins lo cèu sens fin. Tot lo cèu tremolava d'aquel còr umil coma aquel dels grilhs de l'estiu e aquò èra l'alen de Còstasolana. E son esperit èra au centre d'una ròda lusenta ont l'estelum virava coma un vaissèl que gira e vai s'aprefondir.
Quand la mièja nuòch aguèt rendut lo bòsc a la sauvatgina que se sòna de luònh dins l'escur Còstasolana finiguèt. Beluquejava lo cèu de totes sos fuòcs. La tèsta de l'òme èra una pèira entra las pèiras.
Lo vent jogava amb sos peus....

Max Rouquette Poète occitan


... Quand il ouvrit les yeux, il y avait peut-être cent ans qu'il était là, peut-être une minute, un petit air frais lui baisa la joue et le front. La nuit descendait lentement. Désormais il n'y avait plus de terre. La terre était dans son dos, il sentait avec ses épaules et il imagina qu'il la portait ainsi, tout seul, comme un géant. Elle était derrière. Costasolana était seul à la face du ciel. Il vit s'allumer des feux dans le grand gouffre de la nuit, il les vit trembler comme des cierges de pénitents ou de pèlerins en marche vers quelque Noël céleste. Il était là, seul devant la nuit comme Dieu quand il l'eut faite. Seul, mais privé de mains pour le distraire de son éternité.
La cloche s'était tue. Du sol montait un léger bourdonnement, une sorte de vapeur aux reflets de lumière qui montait jusqu'à remplir la nuit. Le souffle serein du monde. Son souffle à lui, le souffle de sa vie solitaire dans un ciel immense. Tout le ciel frémissait avec ce chœur aussi humble que le chœur des grillons, l'été, et c'était cela le souffle de Costasolana. Son esprit était au centre d'une roue brillante, le firmament tournait comme un navire qui se couche et va sombrer. Quand la pénombre eut rendu le bois aux bêtes qui s'appellent de loin dans l'obscurité, Costasolana mourut. Le ciel étincelait de tous ses feux. La tête de l'homme était une pierre entre les pierres.
Le vent jouait avec ses cheveux.

 

(traduction Roland Pécout)


 

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10 février 2009

Brin d'air

Le froid s'échappe dans la ruelle.
L'effet de son mirage reste encore longtemps sous la peau.
Ou suis-je? Ah oui, celui qui écrit dans la fenêtre.
Elle n'est pas dorée ce matin, il faut en faire des compromis pour lâcher un peu le morceau, le gros morceau, le sujet sans fin qui cache l'acte gratuit dans ses ficelles sémantiques.
Mais ou est Kant?
"Kant quel gâchis" c'est ce qu'il à dit l'homme qui étudie Dieu.
Au début je n'ai pas pris le ressort à la lettre pour enclencher le mécanisme, il y eut d'abord une sorte de; "Temps, contretemps, contretemps, temps".
Puis le professeur est passé. Silence et obscurité sous ses énormes sourcils en poils de gorilles.
Il s'est posé au bord du lac et à il à dit "Les kantiens ont les mains propres parce qu'ils n'ont pas de mains."
Toute la trame du travail était là dans cette phrase éloignée des définitions rébarbatives.
Tout le devoir à faire, résumé en quelques mots, je tenais le plan, les parties les articulations, les transitions, tout était là mais il fallait que ça sorte d'une autre tête, d'une autre bouche.
J'ai regardé un poupon sur les puces et j'ai eu envie de l'amputer au niveau des poignets pour matérialiser cette image, mais j'ai préféré acheter des poireaux. Que voulez-vous c'est la crise l'heure n'est plus au ludique, mais à l'alimentaire.
Un sujet à rendre plus tard, on l'amène avec soi en passant la porte en haut de la salle et peu à peu il prend toute la place disponible, il est la accroché au mur, nuit et jour et quand on ferme les yeux il est toujours là. Ce n'est pas simplement un examen à faire, c'est faire son propre examen.
On empile des trucs, des phrases, des livres jusque dans le lit.
Ils interrogent, ils font problèmes, ils transforment la quiétude en champ de bataille et me je me réveille en criant que cet axe la n'est pas le bon.
Alors il faut se mettre debout à nouveau, éclairer un peu le temple, sortir les outils et fabriquer un nouvel axe pour satisfaire tel ou tel passage.
De proie du sujet en devenir prédateur, celui qui le tord et l'essore entre ses griffes.
On reprend à la base, on retourne à Leyde au XVII° pour chercher cet impossible "je".
On se retire dans les contrées de cette raison tantôt pure, tantôt pratique et pourquoi pas dialectique pendant qu'on y sera avec les "sols partriens".
On se met à moutonner au bord du lac dans cette ornière trop profonde pour aboutir, on se demande si "la mauvaise foi" de ce garçon de café peut nous répondre pour nous extraire cette dent qui abat le jour dans des attitudes solipsistes, en vérité insoutenables.
Puis on rentre, on fait cuire le poireau que l'on à débité en morceaux suffisamment grand pour fabriquer une sorte de marionnette végétale qui se met à poser des questions, à revendiquer son droit à la conscience.
Et voila Pinnochio et Wittgenstein qui dansent dans la marmite.
La vapeur enfin délivre le légume et transforme son âme vide en âme odeur et en soulevant une pile de papiers on tombe sur un feuillet, un petit cahier ou sont répertoriés tant de traces que l'on finit toujours par en  trouver une qui convient pour nous distraire.
En cette place des extraits de la Généalogie de la morale.
Il ne me manquait que lui dans le Panthéon des démonteurs de panlogisme, me voila circonspect assis par terre dans la cuisine, la tête du poireau s'est enfin transformée en légume et moi avec.
Cette promenade est sans début et sans fin, avec lui qui ramène sur le tapis sa volonté de puissance depuis des siècles nous épluchons les poireaux de la conscience avec le fil du rasoir sur lequel très souvent on se taille les veines parce qu'il nous est impossible d'en réfuter les sentences.
Voila, affaire à suivre, mais là plus le temps.

C'était juste quelques minutes avec vous, quelques minutes élargies sur cette page comme souvent pour éviter le trop plein, l'implosion...

Balder

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03 février 2009

Nager

Relire Les mots ce matin.
Le temps s'y prête, la fenêtre ne veut pas parler, il ne reste que la lampe.
Mais pourquoi Réda n'est pas là pour éclairer le terrain vague.
Qu'ai-je fais de ces ruines?
Il me faut les retrouver c'est une angoisse réelle la disparition d'un livre de Réda.
Je sais que je l'ai prêté mais à qui?
Quels sont les livres qui reviennent et ceux qui ne reviendront plus.
Le livre et sa vie sans nous, sans moi.
J'en ai laissé s'échapper de manière volontaire dans les gares, dans les trains, dans les stations services des autoroutes belges.
Juste déposé sur un rebord comme un colis qui se heurte à l'entrée de la poste du monde, un colis sans adresse, sauf la mienne sur un coin dans les pages intérieure, l'adresse du "bookcrosser" courriel du ciel.
Parfois des nouvelles arrivent paraît-il, je ne sais pas ou sont ces livres maintenant, j'espère qu'ils vivent dans d'autres mains.
Je ne sais pas chez vous si le soleil existe encore et puis quelle importance, je vais relire Récitatif puisque la journée doit quand même avoir lieu.

The figures move away
into the shadows of the staircase
and is no longer seen
She carries a lighted candle
She's not alone, and at such times,
she's not a child:
She's an old, old woman.

H.James

De retour, interlude anglophone dans le flou béant de ce début de matinée à concevoir dans l'inexistence. L'envie d'ouvrir un livre de linguistique aujourd'hui est inopérante dans mon umwelt. La configuration n'est pas la bonne, vous devriez passer en mode coexistence pour vous apercevoir que le dehors n'est aussi qu'une probalité, sous le déluge il montre enfin son visage dissocié de l'écorce.
Réda me hante, mais ou est il bon sang?
Je vais retourner sous les eaux pour creuser les bibliothèques possibles, j'ai du le prêter ici, il n'a pas pu quitter la ville sans me faire un signe.
Il est l'heure, je remplis les poches du sac de quelques livres. Les mots pour se lester un peu face aux embruns d'eau douce, balises sémantique pour ne pas se perdre dans les affres du limon.

Balder

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01 février 2009

Relativité du dimanche

einstein

Pour bien comprendre la théorie de la relativité einsteinienne, il vous faut écouter la belle histoire du voyageur de Langevin. Celui-ci partant dans une fusée, perpendiculairement à la terre, à une vitesse légèrement inférieure à celle de la lumière, devait, en principe aboutir au bot d'un an de son temps propre à un point du cosmos ou il devait buter contre une autre planète et revenir, en suivant le même chemin sur sa terre d'origine. Il débarque donc au bout d'une nouvelle année sur cette terre et descend de son "astronef" ayant ainsi vécu deux ans de son temps propre. Il trouve la terre terriblement changée: devinez de combien d'année la planète a vieilli depuis son départ?
-Deux ans, penserez-vous sans vous référer à la relativité. Eh bien, non, la terre a vieilli de...
deux cents ans.
-Impossible! penserez-vous
-Illogique! croirez-vous
-Incompréhensible! jugerez-vous.
Non; d'abord, pour reprendre le mot d'Einstein lui-même "Ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible" Ensuite, ensuite il faut bien voir que le monde issu de la pensée d'Einsteind'Einstein n'est plus du tout cette galette plate d'avant Copernic ni même ce cosmos soumis à la gravitation universelle dont rêvait Newton. Pour Einstein, le monde est un "continuum quadri-dimensionnel" dont la quatrième dimension est l'espace temps. Le temps arithmétique ou l'espace géométrique euclidien n'ont plus cours; car selon Einstein, "pour autant que les vrais mathématiques s'appliquent à la réalité, elles cessent d'être vraies; pour autant qu'elles sont vraies, elles cessent de s'appliquer à la réalité."

N'hésitez pas à passer dès aujourd'hui entre les gouttes de cet espace nommé dimanche.

BD

Posté par Balderine à 09:59 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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