25 décembre 2008
NEW DAWN FADES

A change of speed, a change of style.
A change of scene, with no regrets,
A chance to watch, admire the distance,
Still occupied, though you forget.
Different colours, different shades,
Over each mistakes were made.
I took the blame.
Directionless so plain to see,
A loaded gun wont set you free.
So you say.
Well share a drink and step outside,
An angry voice and one who cried,
well give you everything and more,
The strains too much, cant take much more.
Oh, I've walked on water, run through fire,
Can't seem to feel it anymore.
It was me, waiting for me,
Hoping for something more,
Me, seeing me this time, hoping for something else
(Joy Division, New Dawn Fades)
18 décembre 2008
London's burning

23hOO Brewer street London.
-Êtes-vous modifiez?
C'est ce qu'elle lui demanda en premier.
C'est comme ça qu'elle l'aborda dans le long couloir de cet hôtel à la
lumière très spéciale.
Lumière glissante sur les formes arrondies des
faux angles de l'autre, juste pour en éprouver la fragilité des
contours.
Un divertissement penché, une lueur mal définie, là
gisent des immobiles. C'est ce que l'on pense d'abord en entrant. La
question qui surgit en premier c'est aussi celle la.
Qui de l'ombre ou du corps s'est échappé en premier de la noirceur de la rue?
C'est Soho en bas, c'est le marché et c'est l'odeur, même dans la nuit,
il pourrait être Singapour, il suffirait que l'ivresse nous isole dans
son sommeil debout et voila l'Asie, le grand calamar en scaphandre qui
garde la porte n'est pour rien à cette contrefaçon, tout se joue dans
la moiteur des effluves.
Les regards de chiens laqués qui
suspendent à leurs lèvres leurs arabesques de goudrons occidentaux
n'efface pas cette équivalence.
-Soixante dix secondes c'est ce qu'il lui à répondu.
Leurs mains se sont ensuite serrées contre cette différence qui les
condamnent au désir et ils ont glissées sous le regard d'un mur en
désordre.
Frontière bleutée, d'un hôtel de l'urgence sous les cris
de la rue et du plaisir. Le temps d'une dernière rédemption, l'automate
se regarde le nombril dans le miroir du monde.
Le monstre n'est
pas toujours celui que l'on exige. Il est versatile, il sait
s'enrubanner des quatre vents, cavalier fou dépouillé de ses serments
d'apocalypse, il dévisage son Amazone dans le dernier des cloaques et
disparaît.
Elle à dit
-Cendre de lune.
La conversation s'est mise à glisser vers la porte, la sortie de secours, l'ultime dérobade.
Une heure de plus dans une chambre, ce n'est rien. L'inventaire d'une rencontre à consommer.
C'est juste un bout du monde. Un parchemin pas encore écrit.
Il me fallait de la bière et des figures, des tas de bières, des tas de gens. Sortir reprendre le fil de la conversation et puis sa main. Cendres de lune? Et pourquoi pas cercueil de feu! Poussières analphabètes!
C'est là que tout se joue ou non, le déclic de rien, l'envie de l'anonyme, le besoin de nulle part. Des coups de têtes, des coups de dés, des destins amovibles.
L'idée prend forme et puis nous prend mais on ne sait pas trop ce qui la pousse.
C'est le sud, le matin, le réveil à la con!
Et soudain il faut fuir, il faut se fuir, rien n'est possible en dehors de ça. L'autre se met des ambitions en tête, de la strychnine oui!
Sauter dans un bus, prendre un avion atterrir dans le néant d'une capitale, et vouloir chercher à comprendre des conversations, pour ne pas finir en conserve, casser le bocal de l'habitude et rencontrer une égérie de carnaval dans le couloir des âmes en transit.
D'une forêt, l'autre, le Pavé c'est l'humus des déserteurs de la quiétude. Plus ils ont passés de temps à aligner les choses, les fenêtres, les bâtiments, les magasins, plus les normes et les barrières se sont dissoutes.
Cendre de lune à nouveau, l'inéchangeable tempérament. Parler, rire, boire, s'apprivoiser.
Faire le plein de comptoirs pleins d'embrouilles, glisser le long du grand escalator.
Traverser le fleuve dans le tube comme une perfusion dans les veines de la ville.
Traverser la mer pour venir pécher du son, des kilomètres de son, le plus gros son d'Europe, mais tout se discute, tant que l'on peut encore s'entendre.
"Éléphants et châteaux" maintenant en français dans la tête. Cendre de lune est toute bleu dans son fuseau décalé des étoiles, sur ces talons de vingt-cinq mètres, chapeau à plume vert et gants de cuir jaune citron, plus de doute c'est l'Angleterre.
Des enfants dansent déjà au pied de ce ministère, mais il est l'heure de se taire de franchir la porte et d'oublier.
Balder
17 décembre 2008
LE LANGAGE ET L'INTELLIGENCE
"Quelle est la fonction primitive du langage? C'est d'établir une communication en vue d'une coopération. Le langage transmet des ordres et des avertissements. Il prescrit ou il décrit. Dans le premier cas, c'est l'appel à l'action immédiate; dans le second, c'est le signalement de la chose ou de quelques unes de ses propriétés, en vue de l'action future. Mais dans un cas comme dans l'autre la fonction est industrielle, commerciale, toujours sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu'il signale sont les appels de la chose à une activité humaine. Le mot sera donc le même comme nous le disons, quand la démarche suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverse la même propriété, se les représentera, les groupera enfin sous la même idée, partout ou la suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot. Telle sont les origines du mot et de l'idée. L'un et l'autre ont sans doute évolué. Ils ne sont plus aussi grossièrement utilitaire. Ils restent utilitaires cependant. La pensée sociale peut ne pas conserver sa structure originelle [...] C'est elle que le langage continue à exprimer. Il s'est lesté de science, je le veux bien; mais l'esprit philosophique sympathise avec la rénovation et la réinvention sans fin qui sont au fond des choses, et les mots ont un sens défini, une valeur conventionnelle relativement fixe; ils ne peuvent exprimer le nouveau que comme un réarmement de l'ancien. On appelle couramment et peut-être imprudemment "raison" cette logique conservatrice qui régit la pensée en commun: conversation ressemble toujours à conservation."
Henri Bergson La pensée et le mouvant
12 décembre 2008
Train de nuit
S'en est fait de la nuit.
Plier, cadenasser les caisses pleine de
mémoire et encore par-dessus on pourrait mettre des sacs et des
enclumes. L'écran est là écrasant et aussi toujours cette insomnie qui
traîne comme une maniaque déjantée, électrisante avec ses pinces de
crabes à rebours.
J'enlève une couche de gouache de sur les yeux,
mais ça colle au frontispice, c'est gluant, ça colle au doigts dans les
grands soirs ou la quiétude s'est perdue sur le chemin, elle ne viendra
pas.
Parce qu'il n'est plus l'heure et que déjà le jour...et que
déjà le jour.... me guette, lui avec ses dents crispés sur la couenne
de l'aube, elle se débat mais c'est en vain. Récépissé offensif pour le
baratin des citadelles, de longs, très long couloirs grisonnants sur
les tempes du monde.
Il faudrait pouvoir les laisser dehors devant la porte sur le vieux tapis, sur l'autre versant.
Les faire mettre en camisoles, tous rectilignes en route vers
l'inattendu, le petit train des propulsés du catafalque. Contre le mur
ils pourraient déguerpir, entendre leurs propres chansons et me laisser
un peu dormir.
Ils devraient courir sur le nénuphar des analepses par leurs propres moyens d'élocutions.
Cohorte de tambours dans la membrane pellucide d'un baldaquin affaiblit par des kilos de poussière.
Bat des ailes, bat le cercle de la cadence de tes dents qui claquent sur la poulie du temps.
S'il se fait un songe dans l'obscurité saisit sa robe et découpe dans
la toile de son vertige, quelque chose comme une lueur, n'aie pas peur
de mordre dans l'abri défendu par les ombres.
Le cénacle est loin de l'ivraie, il se sait glorieux et épris de véhémences insidieuses il se voit déjà ambition.
Mais la bougie passe, mais la bougie souffle sa brûlure sur les âges du
passé, ici reste des nœuds à débusquer, des contorsions, et quelques
masques à revêtir pour pouvoir un jour, se reconnaître.
Balder
06 décembre 2008
Nazim Hikmet
Poème de Nazim Hikmet
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EXIL/ LES "MAUX" DE SAISON
Les deux faces du Dieu Janus dans un seul mot: la violence d'une expulsion, la perte de patrie; l'abri, le séjour protecteur. Exil fut d'abord le signal du bannissement, dans la violence pénale. Ex-silium venait de salire, "bondir", qui à donné des vocables courants: saut, sauter.
C'est vrai, l'exil est d'abord un saut vers l'inconnu, vers l'ailleurs, puis cet ailleurs lui-même, qu'il soit accueillant ou hostile. Aujourd'hui l'exil, même contraint, est assumé et volontaire. Autrefois, il pouvait être imposé par la force: les lettres de cachet, écrit Voltaire, vous expédient, soit en prison, soit en exil.
Ainsi, l'"exil terrestre" des religieux, "la vallée des larmes", loin du séjour céleste, est une vraie prison. Cette terre ou, peut-être, nous sommes en exil connaît elle aussi ses lieux de séparation et de peine. C'est un dur métier que l'exil est le titre d'un beau recueil de poèmes de Nazim Hikmet, exilé de sa patrie turque comme notre Victor le fut de France.
Mais les terres d'exil, celle ou l'on ne peut vivre quand on est banni ou que la vie est impossible là d'ou l'on vient, sont parfois des passeports pour l'espoir.
L'acte d'exil est douloureux. Banni, expatrié, proscrit, l'exilé habite un regret. Mais réfugié, il entre dans un asile, avec une espérance. Encore les deux faces: les grands lieux d'exil peuvent réunir ceux qui furent arrachés, devenir des mosaïques vivantes, favoriser les métissages, conduire de la séparation aux retrouvailles. De grandes métropoles, New York, Londres, Paris, sont façonnées par des millions d'exils réconciliés.
Extraits LES MOTS DE SAISON d'Alain Rey
