15 septembre 2008
Indios de Barcelona

Après cette nuit dissoute dans les ruelles en trompe l'œil et en perceptions tordues. Après ce point jaune, aube lointaine, soleil jeté d'un chalutier mal amarré à un quai de papier. Reste un socle amovible, une lanterne suspendue et ce qu'il faut décider pour attaquer une heure. Facétieuses dérobades qui ne font que définir quelques étalages encore pris dans les glaces des horaires de fermeture.
Assis, roide et creux je me remémore en quatre étapes le fragile fil rouge de ce passage étriqué entre la veille au soir et le matin en blanc d'un Barrio Gothico expurgé.
Le bar, le jambon, le blanc sec et cassant sur le piquant des poulpes, la cuisse dénudé d'une égérie de saloon andalou, et la lame glissée, froide et muette sur la peau délicieuse de cette tortilla de carnaval. Entendre le violon et non pas la guitare. Beaucoup de violons, là bas. Ou étions-nous assis encore une fois? Je n'ai que les sons des violons, je n'ai pas l'heure, je n'ai plus les images, je n'ai plus soif!
Juste le bruit du violon à remonter dans le temps comme un lien fragile avec la surface. L'inaccessible est fleuri de questions. Difficile à atteindre, encore plus difficile à accomplir.
Toujours il existe une femme qui revient en bordure des anciennes images, elle fait du stop sur le bord du chemin des souvenirs et si nous ne donnons pas un coup de volant pour la faire voler en éclat ou l'écraser sur l'asphalte, alors nous nous arrêtons pour en saisir à nouveau l'odeur dans le piège de nos peaux.
Muet, le ruisseau se sert de mon reflet pour me faire rire dans les glaces cintrées de ce compartiment en désordre.Nous avions mis tout les poids nécessaires pour faire un peu luire nos plaidoiries d'anges désarçonnés en jonglant autrefois sur la place royale. Puis elle est revenue dans les glissements et les déviances pendant que nous faisions du stop nous aussi sur cette route en mangeant des oranges vertes et amères pour ne plus avoir soif avant de voir Séville d'une autre composition. C'est à Carlet qu'elle à disparue pour toujours. C'était encore punk l'époque un peu, c'était rock'n'roll et broussailles sur la tête, rien n'existait plus déjà et ce n'était pourtant que le début.
Barcelone se livre encore un peu entre les jours tréssés aux nuits, épissures grisantes parcourues d'images d'autrefois.
Chaque mare de vie, chaque homme croisé tel un lambeau vertical à peine debout dans les restes ébouriffés des luxurieuses pentes avinés. La pente je m'en souviens, d'elle il existe des armées d'années de pratique.
Le dérèglement conventionnel d'avant les tristes olympiades s'est un peu fait refaire là façade sous un prétexte d'humanité.
Il à fallu rasé, détruire, cassé, expulsé le vivant, pour construire de l'impossible à vivre. Farces et attrapes en effigie, sanctuaire touristique ou l'on voudrait pour chaque ancien bordel un disneyland aguichant pour neurasthénique englués de faux semblants.
Beaucoup de comptoirs encore.
Comme d'autres gares, avec des quais pour le départ à chaque fois, toujours pour le départ.
L'arrivée c'est ce point rouge tout au bout du port, il est là presque chaque matin, en travers des montagnes, il vient éclairer la coque encore grises des bateaux de plaisances plastifiés et mettre le feu aux voilures des vieux navires. Vient une heure ou deux me réveiller encore quelques fois dans ce parc ou des
monstres colorés surgissent en exemplaires difformes de tous les pores
du jardin.
Quelques alcools, quelques éclats de tables, un peu de sang encore dans le fond de la bouche, une dent qui ne s'est pas laissée faire sans combattre face à un os de poulet.
Rien ne vit, que les affiches obsédantes, en strates, virgules d'ellipses figés sur les parois en décomposition, érosion urbaine et fragmentations. La ville est un collage, un assemblage rangé en constant dérangement, sauf ici ce matin dans cette ruelle silencieuse, couverte de linge blanc comme un vieux fauteuil dans une maison oubliée des autres.
Balder
03 septembre 2008
ARTAUD
Si le théâtre essentiel est comme la peste, ce n'est pas parce qu'il est contagieux, mais parce que comme la peste il est la révélation, la mise en avant, la poussée vers l'extérieur d'un fond de cruauté latente par lequel se localisent sur un individu ou sur un peuple toutes les possibilités perverses de l'esprit.
Comme la peste il est le temps du mal, le triomphe des forces noires, qu'une force encore plus profonde alimente jusqu'à l'extinction.
Le théâtre et son double
BLAKE
La Cruauté a un Cœur humain,
Et la Jalousie une Figure Humaine;
La Terreur a la Divine forme Humaine,
Et le Mystère a le Vêtement de l'Homme.
Le Vêtement de l'Homme est le Fer que l'on forge,
La forme humaine, une Forge de flamme,
La Figure humaine, une Fournaise scellée,
Le coeur humain, sa Gorge affamée.
Une Image Divine Poetry and prose p81
