07 novembre 2009
Derniers mots avant fermeture
Il faut tourner la page
by Claude Nougaro
Il faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Il faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Il faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire
29 octobre 2009
Bout de carnet 21 Novembre 2002 Paris 19°
Le turban accroché sous la taille. Sa main est prête à dégainer du fourreau quelques éclairs épais associés aux envies, de pelures d'oranges, d'amertumes rincées au gin fizz sur des sols de bambous.
Elle marche sans devenir.
Avance lentement vers la rue. Tourne sa tête vers la droite, vers la gauche.
Attend le signal et traverse.
Suspendue aux néons du carrefour, girouette lumineuse au présent raccoisé par la trace des choses.
Le protocole reste le même mais en sens contraire. Dix heures et vingt minutes après son premier passage c'est dans le squelette déformé d'un bus de nuit dans lequel on projette des radiographies de corps vaincus qu'elle réapparait.
Juste devant le comptoir ou je me tiens, un homme titube vers l'amertume au moment ou le bus s'arrête.
Devant la route est un serpent de lumière et il ne reste au soir, que le décor à refondre.
Balder
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Autour de ce regard s'ordonnent, d'une part, les objets- la distance de moi au regardés existe à présent, mais elle est resserrée, circonscrite et comprimée par mon regard, l'ensemble "distance-objets" est comme un fond sur lequel le regard se détache à la manière d'un "ceci" sur fond de monde -d'autre part, mes attitudes qui se donnent comme une série de moyens utilisés pour "maintenir" le regard. En ce sens je constitue un tout organisé qui est regard, je suis objet-regard, c'est à dire un complexe ustensile doué de finalité interne et qui peut se disposer lui-même dans un rapport de moyen à fin pour réaliser une présence à tel autre objet par-delà la distance.
in L'être et le néant
Sartre
28 octobre 2009
hotellerie, restauration

Le trottoir fonctionne, la touche rewind est enclenché.
Il sait des anciens clients déversant des toiles d'araignées argentées de bétonneuses avides de reconstruction.
Personne ne veut de cette carcasse qui crépite sur le boulevard, prêt à tout pour s'émouvoir on enclenche la face B sur l'ellipse, faire des traces, boucher des trous.
Pendant ce temps la dame râle sur les tags qui engendrent la police.
Chez les romains c'était lisible au moins, mais maintenant avec l'alphabet jeune on ne comprend rien.
Des équinoxes, il en reste, des fleurs aussi entretenues par des fantômes qui prient au fenêtres pour qu'on ré-ouvre la salle de billard.
Sans tambours ni trompettes.
Juste parfois le soir, une illumination.
Balder
21 octobre 2009
Attente

Ce n'est pas cet étage, ce n'est pas le bon ascenseur ce n'est pas la bonne boite, le silence se trouve à droite sous la cage d'escalier ou l'on entrepose des gravures de Piranese et de la vieille mimolette. dans la tour de la monnaie la princesse s'ennuie, délavée par les pluies, creusée dans les contours.
Il sera bientôt l'heure de la donner aux lions.
C'est le déjeuner ambigu, l'heure pour les spectateurs d'assouvir leurs besoins de clarté.
Près de là.
Une rôtisserie décore l'ennuyeux carrefour, près de là il y à les automobiles, les platanes bétonnés et le café au sol qui colle sous les semelles anisés.
Près de là les autres attendent le courrier de toutes les planètes, de toutes les galaxies.
L'attente est fidèle au rendez-vous des déjeuners vides, des rituels télévisuels et de l'espoir accroché sur le buffet formica d'une réduction à venir, d'un possible sondage, d'un premier prix au grand jeu concours.
L'attente c'est cette Dame qui s'est déjà retrouvée plusieurs fois clouer au sol par le poids de des ses quatre vingt dix ans et qui lorsque je la croise entre les grilles et que je lui demande si elle va bien, me répond au travers d'un grand sourire.
Maintenant j'attends...
Balder
16 octobre 2009
Heure à perdre
Les marches nues abritent nos vertiges, les yeux plongent et le corps reste là.
C'est un escalier rencontré hier, il avait froid un peu, car hier était le vent.
Sous les marches il passait en fusée transportant des images dans les cages d'escaliers, pardessus versatile de l'automne arrivé.
Balder
